Les oiseaux...  
 
 

Les oiseaux vivent nombreux sur le plateau. Au cours de notre dernière promenade nous les avons croisés, ils volaient en groupes. Ils constituent ces attroupements surtout l’hiver, pour chercher nourriture et se protéger. Dans l’adversité, ensemble, on se tient chaud, on a moins peur. Nous agissons de la même façon.

Dans ces bandes, si nous avions vraiment l’oreille musicale, nous remarquerions dans les pépiements, des accents du nord. Le pinson, le chardonneret, le rouge-gorge, la mésange, viennent peut-être de Belgique, des Pays-Bas, de Scandinavie ou plus simplement des hauts plateaux d’Auvergne. Ils repartiront avant la fin de l’hiver. La vie sauvage autorise l’émigration lorsque la famine et le froid menacent.
C’est à cette période que certains mâles se mettent à chanter. Ils délimitent un territoire et attirent une femelle, la période des amours débute dans des matins froids. Peu à peu, au fil des jours qui conduisent au printemps, les mâles sont pris d’une frénésie insensée, ils n’hésitent pas à s’exhiber avec leur plumage flambant neuf, l’épervier profite de cette imprudence en surgissant des frondaisons où il se tient à l’affût, pour croquer l’écervelé.
Les merles sifflent avant le lever du jour, puis avec la lumière, les chants emplissent l’espace en compagnie du soleil qui s’installe. Sur un fil, bien droit, la tête en arrière, le bruant proyer égrène un refrain obstiné, du métal qui se froisse et rebondit. Le verdier est juché sur la cime d’un arbre, son chant alterne entre la vieille sonnette électrique et les trilles d’un canari virtuose. Les mésanges possèdent un répertoire très varié, qu’elles interprètent sans cesser de chercher leur subsistance; il faut croire qu’elles peuvent chanter la bouche pleine. La liste serait longue d’énumérer ici tous ces oiseaux. Mais en voici deux faciles à reconnaître. D’abord une rengaine qu’on entend dans les arbres des bois ou des bosquets. Lire à haute voix d’une manière saccadée les « mots » suivants: tsip/ tsap/tsip/ tsup /tsip (bis). En anglais cela donne chiffchaff. Si nous retenons cette curieuse mélopée, nous devinerons plus tard le pouillot véloce qui s’égosille dans les arbres.
Et l’alouette lulu, si caractéristique des paysages du plateau. Lulu c’est une approximation de son chant. Un des plus beaux, chez nous. Une suite de phrases mélodieuses et de doux sifflements: lilililuyluylu…tlyui, tluyi, tluyi…ilui, ilui, tuylluylluyll…vi, vi,vi. Nous aurons plus de difficulté dans cette interprétation que dans la précédente. Mais se la répéter, même en cachette pour ne pas inquiéter ses proches, permettra de reconnaître et de goûter le chant de la gentille alouette, qu’on se retiendra de plumer.
Le plateau continue de se gonfler de parfums et de chants. Parfums et chants désordonnés. La vie abonde, portée par la terre et par les airs. c’est à ce moment que reviennent aussi tous ceux qui ont passé la saison des sports d’hiver en Afrique.
Ils sont les grands migrateurs. Ce n’est pas leur taille qui permet le qualificatif de « grand », c’est le voyage aller-retour qu’ils effectuent chaque année. Une boule de plume avec une vingtaine de grammes au milieu, comme le rossignol, traverse l’Espagne, le Maghreb, le Sahara Occidental, atteint le Sénégal, et les pays d’Afrique de l’Ouest, mais d’autres peuvent continuer plus loin encore, vers l’Afrique équatoriale et même l’Afrique australe comme le coucou ou l'hirondelle rustique.
En se levant très tôt, avant le soleil, nous nous installons vraiment au milieu d’un chœur polyphonique. De plus en restant immobiles, nous avons la chance de les apercevoir plus facilement, leur méfiance cédant sous l’exaltation.
C’est ainsi, avec ce retour, que l’hirondelle nous fait le printemps, et avec elle d’autres célébrités : coucou, huppe, rossignol, loriot, martinet. Il y a aussi les moins connus, discrets ou rares. Le pouillot de Bonelli, la tourterelle des bois, gobe-mouche gris, l’engoulevent, le pipit des arbres, celui-ci nous ne pouvons que l’entendre et le remarquer. Il faut se placer sur un de ces terrains à la végétation rase, l’heure importe peu, même après midi alors que les chants des autres oiseaux perdent un peu de leur intensité, le pipit lui, ne ralentit pas sa cadence. On remarque rapidement un oiseau qui chante, bien en vue, en haut d’un arbre isolé. À notre approche, il s’envole presque à la verticale, puis il redescend en une lente spirale toutes ailes écartées pour se percher à peine un peu plus loin, en restant visible, sur le faîte d’un arbre. A aucun moment il ne cesse de chanter. Les pipits n’étant pas rares sur le plateau, on a le droit d’estimer leur chant monotone au bout d’un certain temps.
On ne peut ignorer aussi le petit-duc. C’est un petit rapace nocturne à peu près de la taille d’un merle. Il est le compagnon des premières nuits tièdes. Lorsqu’on s’attarde dehors à regarder les étoiles ou à ne rien faire devant la porte on peut entendre un son rend et doux « tiou…tiou…tiou…etc » avec quelques secondes entre ces syllabes.
Il y a également ceux dont on peut s’enorgueillir, ils sont devenus si rares ailleurs. Bouloc et ses pelouses d’herbes maigres leur conviennent encore, ainsi nous « avons » le bruant ortolan. Très farouche, il faut de bonnes jumelles pour avoir une chance de l’apercevoir. Mais on peut l’entendre facilement, sa voix porte assez loin.
Enfin, il y a les visiteurs qui considèrent le plateau comme un plateau-repas. Le circaète jean-le-blanc, un rapace de belle envergure, blanc moucheté à tête noire, vient chasser des couleuvres ou des lézards qu’il aperçoit de très haut parmi les terres dénudées.
Le vol chaloupé, quelques mètres au-dessus des blés, caractérise un autre rapace, le busard, qui vient récolter des campagnols.
La liste n’est pas close, et chacun de ces oiseaux révèle un mode de vie particulier. On pourrait en parler pendant des heures, et découvrir encore. Cette diversité correspond à celle de ces paysages où les activités humaines ont ouvert un monde sans ouvrir la terre...