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Aujourd'hui, les arbres. La semaine dernière nous étions dans la forêt, en nous interrogeant sur la profondeur des choses qui nous entouraient. Cette fois nous restons superficiels, en effleurant l'écorce d'un arbre lourdement crevassé. C'est un chêne, le chêne pubescent.
Les chênes sont des arbres présents dans toute l'Europe. Au lieu des étoiles, ce sont des feuilles de chêne qui pourraient figurer sur le drapeau européen, cela ferait moins spatial, mais plus terre-à-terre. Ce qui est loin d'être un défaut.
Le chêne pubescent, parce qu'il apparaît plus ou moins pubescent à la face inférieure de ses feuilles et sur les jeunes rameaux du printemps, compose les bois du plateau et de ses pentes. une forêt particulière, la forêt des régions méridionales, ou des expositions chaudes, c'est la chênaie pubescente. Nous allons découvrir cette forêt bien plus riche que d'autres, en couleur et en odeur.
Notre chêne est un rude, massif et tortueux. Il pousse surtout sur le calcaire, supporte le chaud et le sec, mais le froid ne lui fait pas peur. Il est frugal, se satisfait de sols maigres. Il n'aime pas l'humidité, l'eau qui stagne.
Donc nos coteaux lui conviennent. A la fois les penchants ensoleillés, et même brûlants, l'été, ou les penchants plus à l'ombre. Il s'avance sur le plateau en limite des cultures, et ne demande qu'à les déborder, comme il le fait sur les autres terres abandonnées par l'homme.
Parfois il se plante un peu en voulant s'installer sur certaines terres, les marnes, ou les sols pierreux, et ces petits chênes que nous voyons là sont très vieux, certainement centenaires. Il est dur de s'élever au-dessus du sol lorsque celui-ci ne cède que parcimonieusement une maigre nourriture.
Méridional, le chêne est sociable. Il vit avec l'érable de Montpellier, l'alisier torminal, le sorbier domestique, l'orme. Dans les endroits un peu plus frais, si le sol est plus profond, il apparaît en compagnie de l'érable champêtre, ou plus rarement du charme et du tilleul. Comme tout bon européen, il affirme son goût pour la diversité, en accueillant aussi les arbustes ou les arbrisseaux suivants: le cerisier de Sainte-Lucie, l'alaterne, le cornouiller sanguin, la viorne lantane, le buis, le noisetier. L'orée du bois, plus lumineuse, convient au chèvrefeuille d'Étrurie, un méditerranéen errant vers l'ouest. Nous trouvons un autre chèvrefeuille dans les lieux plus à l'ombre. Il faut encore ajouter le troène, l'aubépine, quelques ronces et même des genévriers. Arrêtons-nous près d'un buisson, vert toute l'année, dont on ramasse les branches parce qu'elles sont garnies de jolies boules rouges en hiver; celles-ci apparaissent collées. Les feuilles en sont piquantes mais ce ne sont pas les feuilles, ce sont les branches, qui ont pris cette forme feuillée. On l'appelle petit houx, ou fragon.
Le sol de ces bois fleurit aussi : mercuriale, euphorbe à la sève laiteuse et irritante, hellébore qui fleurit en vert l'hiver, sceau de Salomon, daphné, mélitte fleurie de rose et blanc, géranium rouge sang, le grémil, dont les graines sont semblables à des perles d'ivoire, et des orchidées que nous qualifions de forestières, epipactis, cephalantère rose, jaune ou blanche. Arrêtons-nous près d'une limodore ; cette orchidée a l'allure d'une asperge de couleur violette. Elle ne synthétise que très peu de chlorophylle, pas assez pour vivre. Alors elle va se servir chez son ami le champignon, qui lui, puisqu'il ne fabrique pas de chlorophylle, doit aller en chercher au bout des radicelles d'un chêne. Nous sommes en présence d'un ménage à trois. Encore un exemple de la complexité des rapports entre ces êtres vivants qui "végètent", à l'abri d'une terre grouillante de vie et d'énergie.
Il y a encore l'ornithogale des Pyrénées, aux fleurs en étoile qui éclairent les profondes verdures. Dans cette ombre fraîche, les pulmonaires aux feuilles maculées de taches blanches, les arums, qui emprisonnent de petites mouches afin d'assurer leur fécondation, plus tard ils exhiberont des grappes de billes orange sur une courte tige, elles sont toxiques. À la limite des arbres et arbustes, au bord de la lumière, un petit genêt s'étale à ras du sol, le genêt poilu. Une tige s'accroche à nos pas, la garance voyageuse. Et partout, sur le sol et les troncs, le lierre.
La liste n'est pas close, ces bois ont beaucoup à dire. Mais il convient d'évoquer à présent quelques généralités.
Ces bois sont peu exploités, les arbres mènent leur vie d'arbre, avec le temps des arbres, ils germent, croissent, fructifient, meurent, et se décomposent, en nourrissant à leur tour le sol qui les a nourris. Les plantes, les animaux, les champignons escortent ces cycles successifs. Ce contexte mérite toute notre attention, car les forêts sont soumises aujourd'hui à une forte pression de l'exploitation forestière, les vieilles essences sont arrachées au profit d'essences à croissance rapide, comme les conifères qui anéantissent des milieux caractéristiques. Sur le plateau, ce n'est pas le cas. Nous avons encore des bois vivants, favorables à un grand nombre de végétaux, nous l'avons vu, mais aussi à nombre d'espèces d'animaux.
Ici, cet ensemble forestier varie, change, se renouvelle selon les aléas de sa propre vie. C'est devenu chose rare, donc précieuse.
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