Le paysage...  
 
 

Le regard porte loin, de collines en collines ; le silence est ponctué du frémissement des feuilles mortes et sèches que le vent fait frémir ; en contrebas de la fumée se mêle à la brume pour former des nuages lourds qui stagnent dans les vallons, nous sommes enfin sur le plateau.

Panorama d’ocre et de gris, l’espace paraît plus large en hiver.
Que peut-on dire d’un paysage si austère en cette saison?
Nous allons découvrir cependant les différents milieux qui, en se juxtaposant ou en se superposant parfois, composent le plateau, comparables à des cadres vides aujourd’hui, mais que nous remplirons de couleurs et de détails peu à peu, au cours des rubriques à venir.
Nous allons commencer par la forêt. Elle est présente sur presque tous les penchants, elle forme une large ceinture qui déborde par places sur le plateau. Quelques bosquets ponctuent parfois cette étendue.
Sous une apparence uniforme, les arbres qui la composent ne sont pas les mêmes selon l’exposition du versant : il y a ceux qui cherchent un peu plus d’ombre accompagnée de fraîcheur, et ceux qui s’accommodent de lumière, de chaleur. La nature du sol constitue aussi un autre critère de sélection, selon sa capacité à retenir l’eau ou non, sa teneur en humus ou en pierres.
Après la forêt, les fourrés. Des arbustes dominent ce qu’il reste des herbes du printemps et de l’été. Le cheminement devient plus difficile, les buissons poussent serrés par endroits, liés entre eux par quelques branches griffues ou râpeuses. Lorsque la couverture végétale se fait moins dense, des feuilles vertes appliquées sur le sol, signalent que des orchidées se préparent déjà au printemps.
Puis, brusquement, nous marchons facilement, en faisant rouler quelques pierres. C’est que le sol ne permet plus l’exubérance végétale que nous venons de traverser. Le sol est squelettique ici, plus de terre à se mettre sous la dent. Des tiges sèches, de minuscules branches tordues émergent de la caillasse. Vu de la route un tel penchant, comme celui de Fontoupine, paraît vide , mais ce vide n’est qu’apparent. Dès les premiers beaux jours, des plantes particulières vont éclorent, les couleurs s’insinueront parmi les cailloux, et  recouvriront même le sol, bien sûr les insectes butineurs affamés rempliront l’air de leur vol.
Il y a d’autres lieux  qui apparaissent bien vides ; pourtant la terre n’est plus caillouteuse. Elle est blanche, ravinée, parcourue de tiges noirâtres, de minuscules arbustes sombres s’accrochent sur cette surface dénudée. Nous dominons une petite prairie où l’eau apparaît stagner, de l’herbe et de petits arbres se sont installés. Après la pluie, ces endroits deviennent impraticables, gorgés d’eau, les chaussures ou les bottes restent absorbées par nos propres empreintes. Nous sommes dans un secteur de terre marneuse. Milieu très éprouvant pour les végétaux : l’hiver, l’eau étouffe les racines, l’été, la marne est littéralement cuite, recuite et desséchée par le soleil. Pourtant, là encore des plantes s’accrochent et colonisent cet espace.
Nous parcourons ensuite de curieuses étendues semblables à des pairies où il n’y a que de l’herbe, et encore d’autres zones dégagées où de petits buissons semblent se répéter à intervalle régulier.
Enfin, un peu plus à l’intérieur du plateau, séparés par des haies d’arbres ou d’arbustes divers, les champs labourés. La terre que nous foulons ici résulte de la lente décomposition du calcaire et des labours qui se succèdent ici depuis des siècles. Nous découvrirons qu’en bordure de ces champs, quelques fleurs ont traversé le temps et l’espace en suivant les céréales que l’homme a domestiquées depuis le Moyen-Orient.

Ces différents milieux constituent donc une véritable mosaïque, c’est cela qui est à l’origine de sa richesse naturelle. C’est une nature quotidienne pour nous, nous pouvons presque dire une nature ordinaire. Pourtant, beaucoup de gens, n’hésitent pas à parcourir des centaines de kilomètres pour venir passer quelques jours parmi ce paysage.

N’y a-t-il pas ici quelque chose de rare, une richesse qui n’a pas de prix ?